L’édit du maximum, ou l’inflation décrétée illégale
En 301, Dioclétien fixe par la loi le prix maximal de plus d’un millier de biens et de services, sous peine de mort. La mesure échoue en quelques années, mais nous laisse le tarif le plus détaillé de l’Antiquité.
Le constat
Le préambule de l’édit est explicite : les prix s’envolent, les soldats paient tout au décuple, la spéculation est présentée comme une avidité coupable. Le diagnostic est moral, la cause est monétaire — un siècle de dévaluation a détruit la confiance dans la monnaie.
Le texte nous est parvenu par des copies gravées sur pierre, surtout en Orient, notamment à Aphrodisias. On y lit le prix d’un boisseau de blé, d’une journée de maçon, d’une livre de pourpre.
Pourquoi cela ne pouvait pas marcher
Un prix plafond n’augmente pas la quantité de métal disponible. Les marchandises disparaissent des marchés officiels, le commerce se déplace vers l’échange direct, et l’édit tombe en désuétude sans être formellement abrogé.
L’administration en tirera la leçon autrement : c’est la fiscalité en nature et, plus tard, la stabilité de l’or, qui rétabliront un ordre économique.
Le lien avec la monnaie
L’édit est contemporain d’un doublement officiel de la valeur nominale du nummus, attesté par un autre document de 301. Autrement dit, l’État bloque les prix d’un côté et réévalue sa monnaie de l’autre — la contradiction est dans les textes eux-mêmes.
Pour le collectionneur, cet épisode donne son sens au gros module des premiers nummi et à leur rétrécissement continu dans les décennies suivantes : la pièce que l’on tient témoigne de la tentative, et de son échec.
Pour aller plus loin
S. Lauffer, Diokletians Preisedikt, Berlin, 1971, édition du texte.
K. Erim et J. Reynolds, publications de la copie d’Aphrodisias, Journal of Roman Studies.