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Où est passé l’argent du denier

Entre Septime Sévère et Aurélien, la monnaie d’argent romaine perd presque tout son métal précieux. Ce n’est pas un accident : c’est une politique, poursuivie par des empereurs qui n’avaient guère le choix.

Un État qui coûte plus cher

Septime Sévère augmente la solde des légionnaires, Caracalla recommence. L’armée absorbe l’essentiel du budget impérial, et les guerres de la période sont simultanées sur plusieurs fronts. Face à des recettes fiscales qui ne suivent pas, un empereur dispose de trois leviers : lever plus d’impôt, confisquer, ou frapper davantage de monnaies avec la même quantité de métal.

Le troisième levier est le moins visible à court terme. C’est celui qui est utilisé, règne après règne.

Le mécanisme

La dévaluation prend deux formes. On réduit le poids de la pièce, ou l’on réduit sa teneur en argent. L’antoninien créé en 215 combine les deux : il pèse environ une fois et demie le denier et vaut deux deniers, ce qui revient à créer un quart de valeur à partir de rien.

Les analyses modernes, menées par prélèvement au cœur du flan et non en surface, montrent une décroissance continue : de l’ordre de 50 % d’argent sous Septime Sévère, environ 40 % sous Élagabal, autour de 20 % à l’époque de Gordien III, puis l’effondrement sous Gallien. Prendre la mesure en surface fausse tout : le blanchiment concentre l’argent sur l’extérieur du flan.

Ce que cela change pour un collectionneur

Une monnaie dite « d’argent » de 268 n’a plus grand-chose d’argenté, et sa conservation en dépend : un flan de billon se corrode comme du bronze, avec des patines vertes ou brunes que l’on ne verrait jamais sur un denier sévérien.

Cela explique aussi les prix. Un antoninien de Gallien est abondant parce qu’il a été frappé en quantités massives et parce qu’il n’a jamais valu la peine d’être fondu. Les deniers du début de la période, eux, ont largement disparu dans les creusets.

Pour aller plus loin

K. W. Harl, Coinage in the Roman Economy, 300 B.C. to A.D. 700, Baltimore, 1996, chapitres consacrés au IIIᵉ siècle.

J.-P. Callu, La politique monétaire des empereurs romains de 238 à 311, Paris, 1969 : l’ouvrage de référence sur la période, encore discuté mais jamais remplacé.

K. Butcher et M. Ponting, « The Denarius in the First Century », et leurs travaux ultérieurs sur les alliages du IIIᵉ siècle.