260 : l’année où l’empire s’est brisé
En quelques mois, un empereur est capturé par les Perses, la Gaule fait sécession, l’Orient passe sous contrôle palmyrénien et la monnaie d’argent cesse d’en contenir. Aucune autre année de la période ne laisse une trace aussi nette dans le monnayage.
Édesse
Valérien est fait prisonnier par Shapour Ier au terme d’une campagne désastreuse en Mésopotamie. C’est la première fois qu’un empereur romain tombe vivant aux mains d’un ennemi étranger, et l’événement est mis en scène côté perse : les reliefs rupestres de Naqsh-e Rostam montrent le roi à cheval et le Romain agenouillé.
Gallien, son fils, règne déjà conjointement depuis 253. Il se retrouve seul, sans armée d’Orient, face à des frontières ouvertes sur le Rhin et le Danube.
Deux sécessions
Sur le Rhin, Postume est proclamé par ses troupes et fonde ce que l’historiographie moderne appelle l’Empire des Gaules. Il n’attaque pas Rome : il administre la Gaule, la Bretagne et une partie de l’Espagne avec ses propres consuls, son Sénat et ses ateliers monétaires, à Cologne et à Trèves. Son monnayage est d’ailleurs de meilleure tenue que celui de Gallien, ce qui en dit long sur la légitimité qu’il revendique.
À l’est, Odenath de Palmyre repousse les Perses au nom de Rome, puis sa veuve Zénobie transforme cette autonomie de fait en pouvoir séparé, jusqu’à frapper monnaie au nom de son fils Vaballath. L’empire se retrouve en trois morceaux pour une quinzaine d’années.
Ce que la monnaie enregistre
C’est exactement à ce moment que l’antoninien cesse d’être une monnaie d’argent. Les analyses métallurgiques conduites sur des séries entières montrent une chute du titre jusqu’à quelques pour cent : le flan est de bronze, blanchi en surface par un traitement chimique qui lui donne l’apparence de l’argent le temps des premières manipulations.
Les trésors le racontent mieux qu’aucun texte. Les dépôts enfouis après 260 contiennent presque exclusivement des espèces récentes et dégradées : la bonne monnaie a été retirée de la circulation et thésaurisée, conformément à ce que l’on observe dans toutes les économies en défiance monétaire.
Pour aller plus loin
J. F. Drinkwater, The Gallic Empire. Separatism and Continuity in the North-Western Provinces of the Roman Empire, Stuttgart, 1987.
K. Butcher et M. Ponting, The Metallurgy of Roman Silver Coinage. From the Reform of Nero to the Reform of Trajan, Cambridge, 2014, pour la méthode d’analyse des titres.
R. Bland, « The Development of Gold and Silver Coin Denominations, A.D. 193–253 », dans Coin Finds and Coin Use in the Roman World, Berlin, 1996.