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La réforme d’Aurélien et l’énigme du XXI

En 274, Aurélien réorganise le monnayage et fait porter aux nouvelles pièces deux caractères, XXI, dont le sens se discute encore. C’est la première tentative sérieuse de sortir de la crise monétaire.

Un empire recousu

En quatre ans, Aurélien bat les Juthunges et les Vandales, reprend Palmyre à Zénobie, puis récupère l’Empire des Gaules après la reddition de Tétricus. La légende RESTITVTOR ORBIS qui apparaît alors sur ses revers n’est pas une formule creuse : l’unité territoriale est effectivement rétablie.

La réforme monétaire vient avec cette reconquête, et elle est aussi une réponse à la révolte des monétaires de Rome, réprimée durement quelques années plus tôt — signe que l’atelier de la capitale était devenu incontrôlable.

Ce que change la réforme

Le poids de la pièce d’argent est relevé, sa teneur portée autour de 5 % et l’argenture de surface rendue plus régulière. Les ateliers sont réorganisés, leurs marques normalisées, et les numismates modernes appellent aurelianus cette pièce réformée, faute de connaître son nom antique.

Le monnayage d’or est simultanément remis en ordre, sans atteindre la stabilité que Constantin donnera au solidus quarante ans plus tard.

L’énigme

Les lettres XXI, ou KA en Orient, figurent à l’exergue des pièces réformées. L’interprétation la plus répandue y voit un rapport de vingt à un entre le bronze et l’argent contenus, autrement dit une garantie de titre affichée sur la monnaie. D’autres lectures ont été proposées : une valeur nominale de vingt sesterces, ou une indication d’alliage à destination des ateliers.

Aucune source antique ne tranche. C’est un bon exemple de ce que la numismatique peut établir — la composition, la chronologie, la diffusion — et de ce qu’elle ne peut qu’hypothéser, faute de texte.

Un échec relatif

La réforme ne rétablit pas la confiance. Les prix continuent de monter, ce que l’édit du maximum de Dioclétien tentera vainement de bloquer en 301. Mais elle fixe un modèle : une monnaie de bronze argenté à titre contrôlé, que la Tétrarchie reprendra avec le nummus.

Pour aller plus loin

S. Estiot, travaux sur le monnayage d’Aurélien et publication du trésor de la Venèra, référence actuelle sur la réforme.

A. Watson, Aurelian and the Third Century, Londres, 1999.

J.-P. Callu, La politique monétaire des empereurs romains de 238 à 311, Paris, 1969.