Lire une frappe au coin
Une monnaie antique a été frappée entre deux coins gravés, à la masse. Ce geste laisse des traces reconnaissables, et c’est ce que l’on cherche en premier sous la loupe.
Comment on frappait
Le flan, chauffé, était posé sur le coin d’avers fixé dans une enclume. Le coin de revers, tenu à la main, recevait un coup de marteau. Le métal flue alors vers l’extérieur et remplit les creux de la gravure.
Tout découle de là. Le relief est nerveux, les lettres ont des arêtes vives, le métal se rebrousse parfois sur le bord où il a débordé. La tranche n’est pas lisse : elle porte les plis du métal écrasé, souvent une légère lèvre d’un côté.
Ce que l’on regarde
Le centrage d’abord : peu de monnaies antiques sont parfaitement centrées, et un léger décalage est un bon signe, pas un défaut. Puis les éclats de coin, ces petites cassures du coin qui laissent une bosse en relief sur la monnaie, toujours au même endroit pour toutes les pièces issues du même coin.
Les doubles frappes se voient à un dédoublement des lettres : le coin a rebondi. Les surfrappes, où l’on devine une monnaie antérieure sous la nouvelle, sont fréquentes dans les périodes de pénurie de métal.
Ce qui distingue une frappe d’un moulage
Un flan coulé dans un moule ne se comporte pas comme un flan frappé. Les angles sont mous, les lettres arrondies au lieu d’être nettes, et la surface porte souvent de minuscules bulles là où l’air s’est piégé. La tranche montre parfois la ligne du joint du moule.
C’est pour cela que l’examen sous loupe binoculaire vient avant tout le reste : il ne dit pas si l’attribution est juste, mais il dit comment l’objet a été fabriqué.