Héliogabale : ce que disent les sources, ce que disent les monnaies
Aucun empereur n’a plus mauvaise réputation, et aucune réputation ne repose sur des sources aussi suspectes. Le monnayage, lui, ne raconte pas de scandale : il raconte une réforme religieuse.
Un prêtre de quatorze ans
Varius Avitus Bassianus est grand prêtre du dieu solaire d’Émèse, en Syrie, où le culte s’adresse à une pierre noire conique. Porté au pouvoir en 218 par sa grand-mère Julia Maesa, il fait transporter la pierre à Rome et lui bâtit un temple sur le Palatin.
Il entend placer son dieu au sommet du panthéon romain, au-dessus de Jupiter. C’est une rupture religieuse considérable, et c’est probablement la raison profonde de son assassinat en 222, à dix-huit ans.
Des sources hostiles
Les excès rapportés — les banquets, la pluie de pétales qui étouffe les convives, les provocations sexuelles — viennent surtout de l’Histoire Auguste, recueil tardif, écrit plus d’un siècle après les faits et connu pour inventer documents et anecdotes. Dion Cassius, contemporain, est hostile mais plus sobre.
Cela ne signifie pas que tout est faux. Cela signifie qu’un historien sérieux distingue ce qui est attesté de ce qui est légende, et que le tableau d’Alma-Tadema illustre une tradition littéraire, pas un fait établi.
Le témoignage des revers
Les monnaies, elles, sont des documents officiels contemporains. Elles montrent l’empereur en costume sacerdotal sacrifiant devant un autel, avec les légendes SACERD DEI SOLIS ELAGAB ou INVICTVS SACERDOS AVG. Certains revers figurent la pierre noire elle-même, transportée sur un quadrige, sous la légende SANCT DEO SOLI.
Autrement dit : le seul message que le pouvoir a voulu diffuser massivement est religieux. C’est le meilleur argument pour dire que la question n’était pas la débauche, mais le culte.
Pour aller plus loin
M. Icks, The Crimes of Elagabalus, Londres, 2011.
L. de Arrizabalaga y Prado, The Emperor Elagabalus. Fact or Fiction ?, Cambridge, 2010.