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Maximin le Thrace, ou l’empire pris par l’armée

En 235, les légions du Rhin proclament un officier sorti du rang. Il ne mettra jamais les pieds à Rome pendant ses trois ans de règne. Le principat cesse ce jour-là d’être une affaire sénatoriale.

Un homme sans ancêtres

Maximin vient de Thrace, d’un milieu modeste, et a gravi les grades militaires. Quand Sévère Alexandre est assassiné par ses propres soldats, mécontents d’une politique jugée trop conciliante envers les Germains, l’armée choisit l’un des siens.

Le Sénat entérine sans enthousiasme. Le précédent est ouvert : désormais, celui qui tient les légions tient l’empire, et cinquante ans d’instabilité suivront.

Gouverner depuis le front

Maximin reste sur le limes, campagne après campagne. Rome ne le voit pas, mais elle le paie : les besoins militaires imposent des levées lourdes, qui nourrissent l’hostilité sénatoriale et provoquent en 238 la révolte africaine des Gordiens, puis l’année des six empereurs.

Un portrait qui change tout

Le monnayage enregistre la rupture avec une netteté frappante. Les sesterces de Maximin montrent un visage anguleux, au nez fort et au menton marqué, sans aucune idéalisation grecque. Les revers parlent de victoires germaniques et de fidélité des troupes.

Ce style dur, presque brutal, devient la norme des portraits impériaux du IIIᵉ siècle. C’est l’un des cas où l’on voit une évolution politique se traduire immédiatement en évolution artistique, et les sesterces de ce règne restent parmi les plus expressifs de la période.

Pour aller plus loin

Hérodien, Histoire des empereurs romains, livres VI et VII.

K. Dietz, Senatus contra principem, Munich, 1980, sur la crise de 238.