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Geta effacé : anatomie d’une damnatio memoriae

En décembre 211, Caracalla fait assassiner son frère dans les bras de leur mère, puis ordonne d’effacer son nom partout. C’est le cas le mieux documenté d’effacement officiel, et les monnaies en portent la trace.

Deux héritiers

Septime Sévère laisse l’empire à ses deux fils, censés régner ensemble. L’entente dure moins d’un an. Selon Hérodien, les frères envisagent même de partager l’empire en deux avant que Julia Domna ne s’y oppose.

Caracalla prend les devants et fait tuer Geta lors d’une entrevue de réconciliation.

Effacer un homme

La damnatio memoriae n’est pas un simple oubli : c’est une procédure. Le nom est martelé sur les inscriptions, le visage gratté sur les portraits officiels — le tondo de Berlin, où la figure de Geta a été effacée au profit des trois autres membres de la famille, en est l’exemple le plus célèbre.

Sur les papyrus d’Égypte, les scribes raturent les mentions. Un contrat conservé porte encore la correction.

Le cas des monnaies

Les monnaies déjà frappées circulent et ne sont pas systématiquement retirées : on ne peut pas rappeler une masse monétaire en 211. Les émissions au nom de Geta cessent simplement, et son monnayage d’Auguste, limité aux derniers mois, reste nettement plus rare que celui de Caracalla.

Pour un collectionneur, cela se traduit par une hiérarchie stable : Geta César est accessible, Geta Auguste l’est beaucoup moins, et les portraits d’adolescent au style soigné se paient au-dessus des Caracalla contemporains.

Pour aller plus loin

Hérodien, Histoire des empereurs romains, livre IV.

E. R. Varner, Mutilation and Transformation. Damnatio Memoriae and Roman Imperial Portraiture, Leyde, 2004.